La perte d’un proche avant son mariage

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C’est peut-être un oncle, une soeur, un cousin, un ami ou encore une grand-mère. Mais c’est avant tout un être cher qui est parti trop tôt et qui vous manquera tous les jours de votre vie. Et particulièrement pendant le plus beau de tous : votre mariage. Il est temps pour vous, autant que pour moi, de faire le deuil de la perte d’un proche avant son mariage.

"Elle est partie".

Je ne m’y attendais pas. Ma grand-mère allait très bien, elle sortait souvent et était en pleine forme. Les mamies de son village la jalousaient, les commerçants l’admiraient. Et elle était belle, ah ça… On faisait les mêmes boutiques ensemble, et on achetait parfois les mêmes pièces. Qu’on se le dise, je n’ai pas des goûts de mamies, c’est elle qui avait des goûts de jeunes. Sans jamais être dans le cliché, elle était toujours élégante et classe.

Le 21 juin 2017, à mon réveil, je rallume mon téléphone. Il vibre, il sonne, j’ai qu’une envie, c’est de le faire taire. Et pour cause, je sais pourquoi je reçois tous ces messages. Je n’ai pas envie de les lire, j’appelle la seule personne contre qui j’estime alors avoir le droit de crier : Mister G.

« Elle est morte, c’est ça ? » – Appelle ta mère s’il-te-plaît. Je lui raccroche au nez car je sais que j’ai aucune raison de me déchaîner sur lui. Elle est partie, de toutes façons.

Je prends une grande inspiration avant d’appeler mamounette. Je ne veux pas craquer, elle doit déjà gérer sa propre peine. C’est sa mère, pas la mienne. Ma douleur, à côté de la sienne est minime. Enfin, je crois.

Et juste comme ça, Madeleine Alice M. est décédée dans la nuit du mercredi 21 juin 2017. Alors qu’elle n’aurait pas dû. Enfin, je crois…

Le choc et le déni

C’est la première fois que je perds un être cher. Vraiment cher. J’ai déjà perdu des oncles, des tantes, mes trois autres grands-parents. Mais on est parfois trop jeunes, pour comprendre ou ressentir ces choses-là.

Les quatre premiers jours, j’étais totalement sous le choc. Je perdais un peu la boule et je tenais des propos incohérents. Je m’en rendais compte après coup, mais je n’y pouvais rien, même en faisant des efforts pour essayer de m’améliorer.

Ma chef a (presque) compris, et m’a rapidement laissé tranquille. Mes amis m’ont présenté leurs condoléances. Je n’avais jamais ressenti ça avant. Et je comprends peut-être maintenant mieux ceux qui ont perdu quelqu’un de cher à leurs yeux. Ce sentiment de ne pas du tout vouloir parler aux gens. De ne pas vouloir en parler tout court. Mais d’avoir le coeur réchauffé pendant quelques secondes, lorsqu’ils ont une pensée pour toi et te présentent leurs profondes condoléances. Bien évidemment, on décèle facilement ceux du lot qui sont déjà passés par là et qui ont une empathie tellement profonde pour toi, qu’ils ressentent presque la même douleur que toi.

Quant à Mister G., il a été patient, bienveillant et attentionné. Il ne l’a jamais été comme ça. Je pense que dans ce genre de moment, nos sentiments pour notre conjoint se renforcent violemment, parce qu’il a su prouver quelque chose, qui ne pouvait pas l’être vraiment. 

La douleur

Je pense avoir vécu les 8 jours les plus difficiles de ma vie. Parce que pendant 8 jours, j’ai souffert matin, midi, soir et surtout la nuit.

Je me suis dit mille fois que si Dieu existait, c’était vraiment qu’un pauvre con (c’est moche, je sais). D’avoir fait mourir ma grand-mère 365 jours avant mon mariage. Que le premier anniversaire de sa mort sera aussi la date de mon mariage.

La cérémonie était magnifique. Ma grand-mère était chrétienne et il a fallu écouter le prêtre une heure ou deux. C’était la seule et unique fois de ma vie que j’ai voulu croire en Dieu, où je me sentais apaisée et rassurée qu’il l’accueille et ne la laisse pas seule, sans nous.

Ma tante a réussi à faire pleurer Mister G. à l’enterrement. Il faut dire qu’ils s’appréciaient beaucoup et qu’on avait tous passé beaucoup de temps ensemble. Elle nous a dit que ma grand-mère aurait qu’un seul regret, celui de ne pas être présente à notre mariage. Elle avait déjà sa tenue. Je le sais car on en a parlé au moins 20 fois, et 20 fois je lui ai dit que : « Non Mamie, le bleu foncé ce n’est pas dans les couleurs du mariage. Tu n’as pas un bel ensemble rose pastel plutôt ? « . Et puis ma tante nous lâche un : « Du coup on a décidé avec ta mère de lui mettre la tenue qu’elle voulait mettre à ton mariage « . Au moins je me dis que c’est ce qu’elle aura porté en dernier et pour toujours. C’est réconfortant, en quelque sorte.

La colère, puis la reconstruction

Je remarque beaucoup plus les personnes âgées dans la rue, maintenant. J’ai marché 12km par jour lorsque j’ai appris la nouvelle. Et j’en ai croisé un tas ! 

D’un côté je les trouvais attendrissants. Les voir en pleine canicule, là, et pourtant faire leur petite balade tranquillement. Et d’un autre côté, je les haïssais. Ils étaient vivants eux. Alors que franchement ils n’avaient pas l’air très en forme, comparé à ma grand-mère. J’ai vite arrêté d’avoir ces pensées méchantes et injustes.

Je ne sais pas si je suis passée par les 7 étapes du deuil. Ce qui est sûr c’est que je ne pense plus que Dieu est un pauvre con (enfin, s’il existe). En fait, je me dis qu’elle sera forcément avec nous le 21 juin 2018 à la mairie, aux premières loges, et toujours aussi élégante. Même si elle n’aura pas respecté le dress-code. Je me dis qu’il vaut mieux un anniversaire de mariage avec une pensée éternelle à sa grand-mère, plutôt qu’un anniversaire de mort. C’est d’un sinistre quand même, non ?

Je me dis aussi que j’ai eu la chance de connaître ma grand-mère jusqu’à mes 28 ans et que d’autres n’ont pas eu cette chance là. D’autres encore ont perdu leur père, leur soeur, leur enfant… Mais tous s’accordent à dire la même chose : il ou elle, sera toujours là pour toi. Dans la réussite, comme dans l’échec, dans la joie comme dans la douleur. Au début, on est inconsolable, puis ensuite vient le temps où l’on sourit lorsqu’on se remémore de beaux souvenirs avec l’être perdu.

La perte d’un proche avant son mariage c’est difficile, c’est triste, c’est douloureux… Mais pas insurmontable. Et les autres étapes de la vie, comme le mariage par exemple, nous aide à aller de l’avant. Peut-être un peu pour eux aussi.

Merci de m’avoir laissé me confier à vous, et merci de m’avoir lu jusqu’au bout…

 Love,

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3 comments

  1. Pas de mot à vrai dire. Perdre un être cher est quelque chose de terrible et de très personnel. De te confier ainsi, bravo car c’est une chose difficile. Que dire. La date de ton mariage, c’est d’autant plus difficile. Et je pense que tu auras de tendres pensées pour elle le jour J.

    J’ai perdu ma grande sœur. J’étais très jeune donc, je n’ai saisi l’ampleur de la chose qu’un an après, lorsque ma mère m’a calmement expliqué que je ne la reverrai jamais (pendant un an, j’étais persuadée que ma grande sœur était en vacances Dieu sait où (quand on a 6 ans, on comprend pas bien…)) Le choc a été assez difficile et il l’est toujours même des années après…

    Et quand en 2017, nous cherchons le lieu idéal avec mon amoureux, nous trouvons un domaine parfait, qui répond à toutes nos attentes. Nous demandons les dates disponibles et là BAM : 26 mai 2018. Date de naissance de ma grande sœur disparue. Ni une ni deux, j’appelle aussitôt ma mère (pour pleurer) et aussi pour en parler avec elle. Car, c’était la seule date disponible pour ce lieu et que… étrangement, j’y voyais (et vois encore) une sorte de signe. Ma sœur n’est plus là depuis très longtemps, mais en fait, c’est comme si elle était là et elle sera avec nous d’une certaine façon. Le 26 mai est toujours une date très difficile dans ma famille, surtout pour mes parents et lorsqu’ils m’ont dit « oui, marie-toi le 26 mai. C’est une date magnifique pour nous et apporter de nouveaux merveilleux souvenirs ce jour-là ne pourra être que magique », ça a été très fort (tu t’en doutes, je n’ai pas besoin d’en dire plus…)

    Bref, je pense que parfois on ne maîtrise juste pas les choses et qu’il faut aussi savoir l’accepter. Je penserai à ma grande sœur le 26 mai, tout comme toi tu penseras à ta grand-mère le 21 juin, et aussi terrible soit cette situation, cela ne t’empêchera pas de vivre des instants forts, beaux, douloureux par moment peut-être, mais ta grand-mère sera un peu avec toi ce jour-là. Bon, je suis pas une pro pour parler tout ça, donc je vais en rester là, mais je suis de tout cœur avec toi. Sincèrement…

    1. Je suis heureuse de te lire Lise, merci beaucoup, parce qu’on peut se parler sans peur de blesser l’autre, car on se comprend… J’y vois un énorme signe, un beau clin d’oeil de ta grande soeur là-haut qui doit se dire : « si elle croit qu’elle va se marier sans moi celle-là ! ». Et effectivement, cette pensée, chaque année, sera un mélange de bonheur et de nostalgie. Deux sentiments extrêmement positifs. Bon évidemment, tu m’as mis la larme à l’oeil, pour ta soeur, pour ma mamie, pour cette impuissance qu’on a face à la mort mais qu’on sait bien gérer face à l’amour et les souvenirs qui sont éternels. Elles feront toujours parties de nous, elles seront là aux premières loges et on pensera fort à elles… Car ce bonheur à l’état pur, on saura le partager. Merci Lise…

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