Sauvetage en mer au premier trimestre de grossesse

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Au départ, je voulais vous parler des angoisses de grossesse. Finalement, j’ai tellement dérivé en écrivant, que ce sera l’objet d’un autre article prochainement !

Aujourd’hui, je me confie un peu sur une aventure qui m’est arrivée pendant ma grossesse. Tout ça pour vous dire que 9 mois, c’est long. Et qu’il continue à nous arriver une multitudes d’événements pendant cette période. On ne peut pas s’arrêter de vivre, il faut faire avec certains “accidents” de la vie, malgré tout ! 

Parfois, je me dis que ces aventures, qu’elles soient positives ou négatives, devaient arriver et qu’elles font partie de notre histoire. Et celle de notre crevette, par la même occasion…

C’est là que je me rends compte que je ne vous avais pas du tout parlé de cette histoire ! En octobre dernier, nous sommes allés en Martinique pour le mariage d’un couple d’amis proches. Mister G. était en télé-travail, j’allais donc à la plage sans lui, mais avec mon frère et ma belle-soeur (qu’on avait convaincus de venir en vacances avec nous).

Nous avons choisi d’aller à Ti Sable ce jour-là. Une petite plage a priori calme, dans un décor magnifique, aux Anses d’Arlet. Il était environ 11h30 ce mardi matin, du coup il y avait peu de monde sur la plage. Non pas qu’on s’en soit plaint ! Il y avait : nous 3, un couple de belges, un trio de grand-mère/mère/fille, et un couple de retraités. 

Ma belle-soeur et moi étions dans l’eau en train de discuter de tout et de rien, pendant que mon frère dormait à l’ombre sur le transat. J’ai alors cru entendre une sorte d’appel qui venait du large, mais je devais être concentrée sur notre discussion car je n’ai pas relevé plus que ça. Quelques secondes après, j’entends distinctement : “à l’aide, on se noie ! AIDEZ-NOUUUS !“. Un cri qui venait du coeur, qui en y repensant me glace le sang. Mais sur le moment, c’était tout autre chose. 

Je n’ai pas eu une seule seconde d’hésitation, même pas eu le temps de penser à comment il est possible de se noyer à Ti Sable… J’ai pris une grande bouffée d’air et me suis dirigée vers eux en crawlant le mieux que je pouvais. Oui parce que, d’habitude, je suis plutôt du genre à faire la brasse et à patauger… C’est Mister G. le nageur pro dans le couple. Sauf que pour une fois, le seul qui ait été formé à faire des sauvetages en mer dans sa jeunesse, était aux abonnés absents. 

Je nage finalement très vite et même plutôt bien, je crois que j’étais conditionnée. J’ai encore quelques mètres avant d’atteindre le couple de jeunes retraités, et me demande comment seule, je vais pouvoir sortir un grand gaillard et sa femme de l’eau. En continuant à nager, je sors alors ma tête de l’eau côté plage, pour reprendre un peu d’air, et voir si mon frère a réalisé ce qu’il se passait. Bingo ! Comme dans un film, j’entrevois en une seconde qu’il se jette à l’eau avec la grâce de Mitch Buchannon. Mon frère est en route, tout va bien, je continue ma lancée. 

Je sens que mon rythme cardiaque est au max, je peux quand même tenir vu l’adrénaline et la situation. Mais je pense seulement maintenant que j’ai une crevette dans le ventre, et que si mon rythme cardiaque bat la chamade, pour lui c’est sûrement pire. Je me résigne, je finis les 10 derniers mètres à la brasse, tout en reprenant mon souffle, et attends que mon frère arrive en premier. Cela m’évitera d’être le premier appui du Monsieur. Mon frère l’attrape, finit la tête sous l’eau quelques secondes, le temps que le Monsieur reprenne ses esprits. Mais pour autant, tout le monde garde son calme. Il n’y a pas de courant. La dame va plutôt bien maintenant que nous tenons son mari. Elle peut se débrouiller pour regagner le bord sans aide, à son rythme. 

Le Monsieur est à bout de force et de souffle, il respire mal. Je lui retire violemment ce fucking masque Décathlon qui prend tout le visage. Je ne l’ai jamais aimé ce machin, et ce n’est pas maintenant que ça commencera. Clairement, il était oppressé et le masque a contribué à sa noyade. Le Monsieur reprend une bouffée d’air, il a les lèvres bleues et le teint pâle. Sa femme me dit aussi que : “Mais Madame, vous n’auriez pas du venir, vous êtes enceinte“. Je lui réponds : “je n’ai pas réfléchi, et qui d’autre serait venu ?“. C’est vrai, j’aurais juste pas pu être spectatrice, c’est une sorte d’instinct. Le Belge qui était dans l’eau un peu plus loin nous rejoint seulement maintenant. Je lui demande de me remplacer, car je peine à retrouver ma respiration après cette course folle, et en portant le Monsieur avec mon frère. 

Quelques mètres plus tard, je ne comprends pas pourquoi, mais le Belge lâche le Monsieur. Je récupère donc sans réfléchir sa place et nous regagnons enfin le bord de la plage (le personnel du restaurant est arrivé pour nous accueillir à la sortie de l’eau). Une petite dalle en béton nous oblige à sortir de l’eau d’un coup. Le Monsieur prend appuie sur mon frère et moi, et je sens directement une douleur au dessus de l’aine. J’étouffe un petit cri. On repose le Monsieur sur son transat à l’ombre. On lui apporte une bouteille d’eau, et il se repose, presque inconscient.

 Sa femme pleure, une fois que tout est fini. La pression redescend d’un coup, pour tout le monde. Quelqu’un a appelé les pompiers. Mais vu où nous sommes, je me dis qu’ils mettront un peu de temps à arriver (15mn finalement). L’un des serveurs me fait une remarque sur Alerte à Malibu (j’avais mon maillot de bain une pièce rouge), et me félicite de ce que j’ai fait. Je ne comprends pas tout, je suis fatiguée et j’ai mal. Mais je suis heureuse que tout le monde aille bien. Je me plie un peu, à l’écart du couple de retraités. Je ne veux pas qu’ils s’inquiètent, ni mon frère et ma belle-soeur d’ailleurs. 

D’autant qu’ils sont fâchés tous les deux contre moi. J’apprendrai juste après, que lorsque je me suis lancée dans ma nage frénétique, mon frère à hurlé à la mort pour que je reste où je suis. Quant à ma belle-soeur, elle a préféré m’insulter en me disant que j’étais enceinte, donc de ne pas y aller. Mais bien sûr, je n’ai rien entendu de tout ça. J’étais sur ma lancée. Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais je sais que si c’était à refaire, j’aurais la même réaction ! S’il y avait du monde encore, j’aurais regardé que d’autres se lancent, mais là il y avait que mon frère finalement…mari

Le trio grand-mère/mère/fille m’interpelle. La mère me voit souffrir un peu et me demande si je vais bien. Elle veut appeler un médecin. Je lui dis que je demanderai aux pompiers un avis, après qu’ils se soient occupés du Monsieur. Je ne veux pas appeler Mister G. tout de suite, il va s’inquiéter et me rejoindre, alors que si ça se trouve, je vais bien et Bibou aussi. Depuis l’histoire de la toxo, j’ai décidé de ne plus angoisser, tant que je ne sais pas ce qu’il y a précisément. Et encore moins angoisser Mister G. pour rien, du coup.

Je me mets discrètement derrière les 3 pompiers pour écouter leur retour sur le Monsieur, savoir s’il va bien. Oui, il va bien. On lui donne un peu d’oxygène pour l’aider à respirer, mais tout ira bien pour lui. Ouf. Je fais signe à l’un des pompiers, je chuchote pour lui dire que j’ai aidé le Monsieur, que je suis enceinte et que je ressens une petite douleur. Le pompier me regarde un peu inquiet, appelle le médecin du Samu, lui explique rapidement la situation, et me passe le téléphone. Le médecin me pose alors plusieurs questions. Puis-je lever la jambe, a-t-elle changé de couleur, où je situe la douleur exactement. Finalement, plus de peur que de mal. Elle me dit que c’est sans doute une douleur musculaire, due à l’effort intensif et rapide que je viens de fournir. De surveiller cela les prochains jours, mais qu’avec du repos, tout rentrerait dans l’ordre (et ça a été le cas).

Cette discussion est arrivée aux oreilles du couple, le Monsieur se lève alors précipitamment et se fait immédiatement rasseoir par le pompier : “restez allongé Monsieur“. Il panique en disant que c’est à cause de lui si j’ai un soucis, que c’est de sa faute. Qu’il ne savait pas que j’étais enceinte. Je le rassure en lui disant que tout va bien, que c’est simplement musculaire. Que mon enfant c’est un futur nageur professionnel grâce à lui. Que tout ira bien. Tout le monde se calme, et les pompiers repartent quelques instants plus tard.

Il est maintenant l’heure du déjeuner. Nous nous installons tous les trois à une table, mon frère, ma belle-soeur et moi. Le couple de retraités aussi part déjeuner, tout comme le couple belge. Modeste comme à son habitude, mon frère ne réalise pas bien ce qu’il vient de se passer ni ce qu’on vient de faire. Il me dit : “non, on ne l’a pas sauvé. Je pense qu’il aurait fini par rejoindre le bord seul“. C’est à ce moment-là que le couple de retraités arrive, et nous précise qu’il nous invite à déjeuner tous les trois, pour nous remercier. Nous refusons, bien évidemment. Et là, le Monsieur verse de chaudes larmes, auxquelles on ne s’attendait pas du tout, voix et lèvres tremblantes, et nous dit : “j’insiste. Si vous n’aviez pas été là, j’aurais fini au fond de l’eau, et j’aurais entraîné ma femme avec moi. Vous nous avez sauvé la vie“. Evidemment, après ça, que pouvions-nous répondre ? 

Nous essayons alors de dédramatiser un peu, pour détendre l’atmosphère. Il nous explique alors que c’est pourtant un très bon nageur. Ancien Marine, il n’a jamais été dans ce genre de situation. Cela faisait un moment qu’il nageait pour observer des tortues (le coin est réputé pour être visité par les tortues de mer). Il a commencé à ressentir une fatigue, puis a décidé de regagner le bord. Mais il a senti qu’il nageait sur place, ce qui l’a épuisé et surtout fait paniquer. Il ne sait plus s’il y avait un petit courant ou pas. Peut-être bien.

Nous échangeons nos numéros de téléphone et jusqu’à aujourd’hui, nous avons gardons le contact. Je l’ai rapidement rassuré dès l’échographie suivante. Nous lui avons aussi annoncé que c’était un petit garçon. Il était plus que ravi. Et bien sûr, ils nous attendent chez eux, en Vendée, pour un week-end au bord de la mer. Quelle histoire…  Mais tout finit bien, fort heureusement !

Nous vivons toutes quelques aventures angoissantes pendant la grossesse, mais rien ne doit prendre le dessus sur cette dernière. Parfois, comme j’ai pu le constater, il faut vivre un pic de stress avant de pouvoir prendre de la distance sur tout le reste.

Maintenant je ne suis plus inquiète (à part peut-être sur le poids prévu de Bibou à terme… lol). Je ne veux pas que quelqu’un ou quelque chose me vole ces précieux moments. J’essaye de rester positive… Dans un prochain article, je parlerai davantage des angoisses de grossesse (peur de perdre bébé, peur d’avoir un corps qui se déforme, peur de l’accouchement, peur de n’être pas à la hauteur…). Je vous ai demandé vos retours, et ce sont souvent les mêmes qui reviennent. Cela peut être donc très intéressant…

Love,

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