{TÉMOIGNAGE} – La pression de ma belle-famille sur mon mariage religieux

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 » Et puis avant tout, je songe à ma manière de me tenir. Le dos droit, les cuisses serrées et les mains sur les genoux. Je leur prouve que je sais comment une femme est censée se tenir en présence d’hommes. Avec eux, impossible d’oublier que je suis une femme et que je dois leur être totalement soumise. Parce que chez eux, « c’est comme ça ». »

Je m’appelle Laura*, je viens d’avoir 31 ans et il y a trois ans je me suis mariée religieusement à Erkan*, un homme d’origine turque de 37 ans.

La rencontre avec mon futur mari

En 2008 je travaillais dans une enseigne de jardinerie en tant que vendeuse. Je ne peux pas dire que ça me remplissait de joie, mais je ne peux pas dire le contraire non plus. Tout ce qui m’importait c’est que j’étais avec ma mère et que nous étions très proches surtout depuis le départ de mon père.

Près de mon travail, un nouveau restaurant avait ouvert. Un jour, je rejoignais l’un des commerciaux et d’autres collègues, pour un déjeuner d’affaires dans ce restaurant. Le gérant, Erkan, qui nous servait ce jour-là, sympathise avec nous, et nous demande où l’on travaille. Quelques jours plus tard, je le voyais débarquer sur mon lieu de travail, pour soit disant acheter des plantes.

Evidemment, ça n’a pas tardé pour qu’il me demande d’aller boire un café avec lui. Ma réponse était catégorique, c’était non. Son côté méditerranéen, très (trop) sûr de lui, a eu raison de lui. Le profil du dragueur invétéré, très peu pour moi. De toutes façons, les hommes charismatiques qui se la pètent, ce n’était pas mon genre d’hommes.

Quelques jours plus tard, ma mère, ma meilleure amie, sa mère et moi sommes allées déjeuner au restaurant d’Erkan, pendant ma pause. J’étais sur le cul quand il s’adresse à la mère de ma meilleure amie (en pensant que c’était la mienne), pour lui dire : « pourquoi votre fille ne veut pas boire un verre avec moi ?« .

Je l’ai repoussé pendant deux ans. Jusqu’à ce que j’accepte un premier rendez-vous, après en avoir discuté avec ma mère qui l’avait trouvé drôle et gentil. Nous sommes allés à Versailles pour un déjeuner plutôt classe.

Les révélations du premier rendez-vous

Pendant le déjeuner, on aurait dit qu’Erkan vidait son sac en me racontant tout ce qu’il voulait me dire depuis ces deux dernières années. Comme par exemple le fait qu’il ait déjà un fils de 12 ans à cette époque et qu’il s’est battu pour en avoir la garde.

Ce qui aurait pu faire peur à de nombreuses femmes, m’a complètement séduite. De voir cet homme mûr, avec des responsabilités et qui se battait depuis des années avec la justice, pour récupérer son fils maltraité par sa mère… Voir ça de lui, ça m’a plu. J’ai voulu lui accorder toute ma confiance et mon affection d’un coup, parce que mon père, à part m’abandonner petite, il n’a jamais rien fait pour moi, lui.

Ensuite, il m’a demandé mon avis sur le mariage (au premier rendez-vous !), car il savait ce qu’il voulait et c’était être avec moi. Et dans sa famille, on se marie pour pouvoir fréquenter une femme sur la durée.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, et ce n’était pas du tout prévu, mais arrivés devant le Château de Versailles, on s’est embrassés.

Une culture à laquelle je ne m'habitue pas

Alors que pendant deux ans je n’étais pas du tout intéressée par lui, une semaine après notre premier rendez-vous nous emménagions ensemble dans un appartement proche de celui de ma mère.

Nous n’étions pas que tous les deux, nous vivions également avec son fils ainsi que son neveu (Erkan ayant perdu son frère, il a eu la garde de son fils). Nous n’avions donc jamais été vraiment que tous les deux et j’ai dû cohabiter avec trois hommes que je ne connaissais pratiquement pas.

Quelques mois plus tard, le cousin d’Erkan était de passage en France et restait plusieurs semaines chez nous. Ca faisait donc quatre hommes à la maison ! En l’écoutant parler, j’ai vite compris que j’étais très mal tombée et que les mois et années à suivre allaient être pour moi, très compliqués à vivre. Je ne pouvais rien faire sans entendre une remarque comme : « tu sais chez nous une femme ne doit pas répondre à son homme devant sa famille« , « tu sais chez nous les turcs, on est très respectueux « , « tu sais chez nous on ne fait pas ça« . Et ce n’était que le début !

Une fois je lui proposais de lui préparer à manger, ce qui était plutôt sympa de ma part, et refusait poliment. De retour dans le salon après m’être préparée un encas, il s’énerve en me disant que je suis égoïste et que je ne partage pas… Heu, wtf ? Et rajoute, comme la cerise sur gâteau, qu’il est ici chez lui.

La rencontre avec la belle-famille

Les deux premières années de notre relation, je ne connaissais toujours pas sa famille alors que je lui avais présenté ma mère et mes amis. Devant mon insistance, il a fini par accepter de me présenter sa soeur.

La rencontre est arrivé et je lui ai sorti mon plus grand sourire. Elle m’a tendu la main, l’air froid, en complétant la présentation de son frère par : « je suis sa soeur presque jumelle« . Ok. La suite ne se passe pas trop mal mais ce n’est pas, pour moi, un premier échange normal entre des belles-soeurs.

Finalement, Erkan se décide à me présenter ses parents, mais me met en garde plusieurs fois. Ses parents sont très pratiquants et aborderont plusieurs fois le sujet du mariage religieux et nous dirons que nous vivons dans le pêché, que c’est mal. Peu importe, j’aimais Erkan et je voulais rencontrer sa famille et qu’eux me connaissent aussi.

Les présentations se passent plutôt bien mis à part le fait qu’ils ne parlent pas un mot de français et qu’Erkan ne fait pas toujours l’effort de traduire. Je songeais alors à ma manière de me tenir. Le dos droit, les cuisses serrées et les mains sur les genoux. Je leur prouvais que je savais comment une femme était censée se tenir en présence d’hommes. Avec eux, impossible d’oublier que je suis une femme et que je dois leur être totalement soumise. Parce que chez eux, « c’est comme ça« . »

Nous y retournerons régulièrement les mois suivants et rapidement j’ai ressenti la pression de ma belle-famille sur la question du mariage. Et ça devenait systématique.

La "demande" en mariage

Je n’étais pas du tout contre le mariage religieux. J’étais même plutôt pour en fait ! J’attendais simplement qu’Erkan me fasse une demande de mariage officielle. Vous savez, celle qu’on attend toute notre vie !

Finalement, l’un des fils de la tante d’Erkan se mariait et la famille venait de Turquie pour l’occasion. Sa tante m’a dit que ce serait bien de me marier à ce moment-là puisque la famille serait déjà sur place. C’était la dernière fois que ma belle-famille me mettait la pression sur le mariage religieux, puisque j’ai finalement cédé et accepté de me marier en octobre 2014. Il y a tout juste 3 ans.

J’ai donc abandonné à jamais l’idée qu’Erkan puisse me faire une demande romantique et officielle. N’étant pas très pratiquant, je savais qu’il ne s’investissait pas dans le mariage religieux car tout ce qui tournait autour le soulait d’avance. Et de toute façon, quand j’en parlais à sa soeur, elle me répondait toujours la même chose : « écoute Laura, il faut que tu comprennes que chez nous il y a des traditions. Il y a des choses à respecter. En ce moment vous donnez le mauvais exemple aux jeunes de la famille. Je me demande du coup si mon frère est sérieux avec toi« .

Ces paroles me faisaient l’effet d’un coup de poignard en plein coeur, d’autant qu’elle savait parfaitement que je m’occupais du fils et du neveu d’Erkan depuis plus de 3 ans, à cette époque. Pour le coup, les préparatifs ne se sont pas faits pas dans la joie et la bonne humeur. Je n’y suis presque pas incluse et me sens totalement passer à côté de mon mariage.

Et finalement, le mariage religieux

Finalement, nous étions très heureux que ce mariage religieux se fasse. Si j’ai invité uniquement ma mère, ma meilleure amie et sa soeur, il y avait quand même 80 invités à notre mariage. Evidemment, je ne connaissais pas les trois quarts. Ma mère était aux anges que je me marie avec Erkan car elle l’aime énormément.

Je me suis laissée porter par l’ambiance et finalement j’ai adoré mon mariage religieux. Ma belle-mère m’a choisi une robe magnifique, je ressemblais littéralement à une princesse. Mon beau-père, que j’apprécie beaucoup, sans doute aussi car il est une figure paternelle pour moi, a chanté une chanson en l’honneur de son fils décédé. C’était très touchant. Nous avons vraiment bien mangé (au moins une chose que j’aime dans cette culture : la bouffe !).

Ce qui est certain, c’est que trois ans après mon mariage religieux, je suis toujours amoureuse de mon mari. Néanmoins, la perspective d’un mariage civil n’est pas du tout à l’ordre du jour, pour Erkan comme pour moi.

Je ne suis plus heureuse dans ma vie

J’étouffe. J’étouffe car je ne supporte plus les remarques de ma belle-famille qui ne cesseront jamais à moins que je devienne turque et comprenne tout de leurs traditions. J’étouffe parce que ma belle-mère veut absolument organiser notre mariage civil pour inviter toute la famille. J’étouffe car mon mari travaille trop et n’a que très rarement le temps pour moi et de partir en vacances.

Voilà pourquoi en février 2018, ma meilleure amie et moi, partirons vivre 6 mois en Thaïlande. J’ai besoin de me couper de tout ça, de me retrouver. Bien sûr qu’Erkan aurait préféré que je reste mais il sait qu’il ne peut pas me reprocher de partir. Il sait que je vais mal et qu’il ne peut rien faire de plus. Et surtout, il sait que je n’aime pas sa famille et que je n’en peux plus de supporter leurs traditions…

Laura.

Tous les témoignages qui apparaissent sur le blog sont TOUJOURS vrais et ne sont jamais inventés. *Seuls les prénoms sont modifiés pour respecter l’anonymat de celles qui témoignent ici.

Pour m’envoyer votre témoignage en rapport avec le mariage qui pourrait intéresser ou aider la communauté, écrivez-moi à hello@maricouchetoila.com.

Love,

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