{TÉMOIGNAGE} – Ma mère se remarie avec un homme que je n’aime pas

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« Je ris fort. J’ai toujours eu un rire expressif mais aujourd’hui il est à son sommet. Je ris avec ma cousine et parle fort à mon père et ma soeur. Aucun d’eux ne semble gêné. C’est normal, eux aussi auraient préféré ne pas assister à cette mascarade. Je ne veux rien entendre, alors je continue de parler. Pour que mes mots recouvrent ceux du maire. Car c’est officiel, ma mère se remarie ».

Une famille pas si parfaite

La famille parfaite, vous connaissez ? C’est nous ! Enfin, c’était nous. Mon père, ma mère, ma soeur et moi. On adorait passer du temps tous ensemble et ma mère, comme une véritable mama italienne, aimait nous chouchouter.

Un jour, alors que j’avais 15 ans, ma mère m’emmène aux puces. Ce qui me va très bien puisque j’adore passer du temps avec elle et que j’ai toujours adoré vagabonder des heures sur ce marché. On déambulait dans les allées et d’un coup, je n’ai rien vu venir. Ma bulle de bonheur, envolée à jamais.

Nous sommes face à cet homme et ma mère, toute souriante, me lâche un : « Manon, je te présente mon petit copain ! ». Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Ma mère était mariée à mon père, pourtant elle me présentait son amant. A moi, sa fille de 15 ans. Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi elle a pris cette décision ce jour-là. Et surtout comment elle a pu croire que je n’en parlerai pas à mon père. Quoi qu’il en soit, elle avait vu juste. Je ne lui ai jamais rien dit. Elle m’a impliqué dans sa vie d’une façon dont on ne devrait jamais impliquer sa fille. Et elle me fera porter ce fardeau à vie.

Ma mère et mon père divorcent cette même année. Nous passons de moins en moins de temps avec ma mère qui décide de vivre pleinement sa vie de femme, au détriment de son rôle de mère. Les années défilent, tout comme les petits copains de ma mère. Bien entendu, le rituel était de me les présenter à chaque fois ! Sans même demander mon avis.

J’ai toujours pris sur moi, jusqu’au jour où elle a voulu en présenter un à ma petite soeur, alors qu’elle avait à peine 10 ans. Il était hors de question pour moi de la mêler à ça, hors de question de briser l’image d’une mère parfaite. Heureusement, elle a laissé ma soeur en dehors de ça, pendant quelque temps.

Forcément, ma relation avec ma mère s’est dégradée, je devenais méchante avec elle, chose que ma soeur n’a jamais compris et toujours reproché. Mais pour la protéger, je ne lui ai jamais rien dit.

L'arrivée de P. dans nos vies

Dix ans plus tard, ma mère décide cette fois d’impliquer ma soeur. Et ça c’est passé comme pour moi, quand j’avais 15 ans. Ma mère et ma soeur se sont données rendez-vous quelque part pour se voir et passer un moment ensemble, et finalement P. était là. Le nouveau boyfriend de ma mère. Ma soeur s’est donc retrouvée devant le fait accompli, tout comme je l’ai été sur le marché aux puces dix ans plus tôt. Il n’a pas fallu longtemps avant qu’elle me le présente également.

Aurais-je pu l’aimer, en toute objectivité ? Je ne sais pas vraiment, mais le fait qu’il soit homophobe et raciste n’a certainement pas joué en sa faveur. Mon oncle homosexuel est décédé à cause du sida et mon petit ami (nous sommes ensemble depuis plus de dix ans), est noir, comment aurais-je pu faire un quelconque effort ? Qui aurait pu ?

Deux ans passent, nous sommes alors en 2015 et leur amour a l’air sincère, bien qu’un peu ridicule à mes yeux. Je ne l’apprécie pas, je le tolère seulement. Pour ma mère. Pour celle que je vois de moins en moins et que j’aime de tout mon coeur, mais qui ne sait même plus ce qu’on devient, ma soeur et moi. Jusqu’au jour où tout dérape et que je trouve une opportunité assez grande pour lâcher mon venin sur lui.

L'entente plus trop cordiale

Un jour que nous étions chez lui en Bretagne. Oui, je respecte son choix de préciser « chez lui » et non chez eux. Ma mère, ma cousine et moi étions dans la cuisine en train de discuter. N’étant pas fumeuses, nous avons fermé la porte de la cuisine pour ne pas respirer la fumée des cigarettes que P. fumait, dans la pièce d’à côté. Grossière erreur, visiblement.

P. déboule dans la cuisine et hurle : « t’as qu’a nous dire si on t’fait chier ! ». Je crois que c’était destiné à ma mère. En fait, je ne sais pas trop car j’étais si surprise de sa violente remarque, que je n’ai pas su réagir. Même mon père ne s’est jamais permis de parler comme ça à ma mère, alors pourquoi lui ? Si seulement ça s’était arrêté là ! P. repasse en criant de plus en plus fort.

Malgré les mots apaisants de ma cousine, je n’ai pas su garder mon calme et j’ai explosé ! J’ai dit tout ce que j’avais sur le coeur et je l’ai insulté, bien sûr. Sur le coup ça m’a fait du bien. Mais forcément, ça nous a valu de ne pas nous adresser la parole pendant un an et de m’éloigner un peu plus de ma mère.

Même si elle me proposait de venir me rendre visite avec P., j’ai toujours refusé. Nous ne nous étions pas expliqués, il ne s’était pas excusé de son comportement. J’allais tout de même pas faire comme si rien ne s’était passé ! Mais les efforts attendus ne venant pas, je me suis fait violence, pour ma mère. Il a quand même dû sentir que je voulais lui reparler et a fini par m’appeler, lui ! On s’est vu et on a mis cartes sur table. Bien entendu, on est loin de la réconciliation aux grandes accolades mais au moins, on se reparle tous.

Un an après la dispute, on recommence à aller dîner chez eux et ça ne se passe pas trop mal. Je ne partage toujours que trop peu de moments avec ma mère, qui préfère partager des « moments en famille », qui visiblement inclut systématiquement P.

Ma mère se remarie

Et puis quatre jours avant mon trentième anniversaire, je reçois un appel de ma mère. Elle m’annonce qu’elle et P. se marient en juin 2017 et que comme ça, « elle me montrera comment on fait ». Je n’ai pas mal pris sa remarque, elle m’a même fait plutôt rire. En revanche, j’étais un peu chamboulée de cette annonce, même si finalement, j’étais heureuse pour elle car je la voyais épanouie. P. entend ma bénédiction au téléphone et me remercie alors chaleureusement d’accepter ce mariage.

Mais j’ai accepté pour ma mère, pour son bonheur. Parce que je l’aime plus que tout. J’ai été rassurée de savoir qu’il y avait eu contrat de mariage. Ils s’aiment mais n’ont pas oublié de garder les pieds sur terre. Ce contrat assurait un héritage à ma mère en cas de décès et promettait à P. une femme qui veillerait sur lui le reste de sa vie. C’est ce que j’appelle du win-win !

Deux semaines avant le mariage, je propose à ma mère de lui organiser un petit enterrement de vie de jeune fille, la veille de son mariage. Proposition qu’elle accepte avec plaisir. Pas grand chose au programme, juste un peu de bonheur et la promesse de passer du temps ensemble. Ma cousine et moi posons notre journée du vendredi pour l’occasion.

Le jour même, ma mère m’annonce qu’elle doit annuler son evjf… J’aurais voulu hurler ! Cette femme, ma mère, que je ne vois plus depuis 15 ans, se remarie avec un homme que je n’aime pas. Et je me dis qu’elle ne m’accorde même pas ce petit moment à deux. Ce dernier moment, juste entre nous, avant qu’elle ne me quitte définitivement.

Elle devait décorer sa salle, apparemment. Sauf qu’à aucun moment elle nous a demandé de l’aide ou même nous a proposé de nous rejoindre après avoir fini. C’était la goutte d’eau. J’ai craqué et pleuré toutes les larmes de mon corps avant de décider de ne pas gâcher cette journée en passant la journée en Bretagne avec ma cousine.

Finalement on arrive tard le soir sur le lieu du mariage, et la veille du jour-j. Je suis assez surprise de voir P. dans la piscine avec ses enfants alors que ma mère décore seule la salle au même moment. Je me sens en colère et frustrée de voir que lui, contrairement à ma mère, a la chance de profiter d’un moment privilégié avec ses enfants.

Ma mère vient à notre rencontre, j’ai le visage totalement fermé quand elle me dit bonjour. Elle me dit qu’elle veut qu’on parle. Juste à ces mots, je m’effondre complètement… Parce que ma mère, c’est ma mère et je lui en voudrais jamais de rien. Je veux juste être avec elle. Elle me propose alors de venir avec elle pour terminer deux trois choses, que j’accepte sans hésiter évidemment. Je commence alors à me détendre en passant du temps avec elle et voir ma famille arriver petit à petit sur le lieu du mariage.

Le jour du mariage

C’est l’heure de la cérémonie civile à la mairie. Je n’aurai pas voulu être le témoin de ma mère, même si elle me l’avait proposé. Je veux bien la soutenir, mais certainement pas participer à tout ce cirque. Je me suis rendue compte qu’elle n’allait plus porter le même nom de famille que nous et que si on la voyait déjà que très peu, à présent ce serait terminé, elle ne nous calculerait plus !

Mon père est venu au mariage avec sa copine. Plus beau que n’importe quel homme dans la salle, et surtout plus beau que P. Alors pourquoi a-t’elle fait ça ?

Je ris fort. J’ai toujours eu un rire expressif mais aujourd’hui il est à son sommet. Je ris avec ma cousine et parle fort à mon père et ma soeur. C’est normal, eux aussi auraient préféré ne pas assister à cette mascarade. Je ne veux rien entendre, alors je continue de parler. Pour que mes mots recouvrent ceux du maire. Car c’est officiel, ma mère se remarie.

Une fois la cérémonie passée, le soulagement. La pression redescend, je vais pouvoir boire un bon coup avec mes amis et ma famille (qui n’inclut pas P.). Je m’évade et fais passer le temps comme je peux avant de rentrer chez moi, à Paris.

Et maintenant ?

Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que je l’aime bien mais je serais presque forcée de dire que je l’apprécie un peu plus qu’avant. Je suis déjà rassurée de voir ma mère rester indépendante et surtout plus épanouie.

Un jour, alors que nous étions tous ensemble, en « famille », en train de déjeuner, P. échangeait avec un ami au téléphone. Et puis, je l’entends dire : « je suis avec mes filles ». Si mon compte est bon, il a seulement une fille et un fils ! Je trouve ça super ringard, mais il est vraiment sincère et je ne peux pas le lui reprocher. Le mariage l’a changé, il est plus heureux et se sent mieux aujourd’hui. P. devient de plus en plus amoureux de ma mère et tolérant avec les autres. Il commence même à accepter la probable homosexualité de son frère.

Je sais bien que si je ne vois pas ma mère, ce n’est pas directement de sa faute. J’ai compris que si elle le voulait, elle pourrait nous voir. Je n’ai plus de lien avec ma mère depuis mes 15 ans, il me manquait un modèle féminin que j’ai plus ou moins comblé avec ma grand-mère. Ma soeur et moi ne représentons qu’un « bonus » dans la vie de notre mère. On en a discuté, encore et encore, mais elle ne comprend toujours pas. Si bien que j’ai finalement fait mon deuil de cette relation qui ne sera plus jamais comme avant…

Voici le premier témoignage, qui j’espère, sera le premier d’une longue série ! Tous les témoignages qui apparaîtront sur le blog seront TOUJOURS vrais et ne seront jamais inventés. Seuls les prénoms seront modifiés pour respecter l’anonymat de celles qui témoignent ici.

Pour m’envoyer votre témoignage en rapport avec le mariage qui pourrait intéresser ou aider la communauté, écrivez-moi à hello@maricouchetoila.com.

Love,

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